Combien de temps faut-il pour aller mieux ?

Se lancer dans une thérapie est un investissement en temps, en énergie et en argent. Il est donc bien légitime de se demander combien de temps il faudra pour aller mieux. Quand on souffre, on espère naturellement que les choses vont s’améliorer rapidement. Ou, au moins, pouvoir sentir assez vite que quelque chose commence à bouger.

Il n’y a pourtant pas de réponse universelle. Et la question du temps n’est pas toujours la seule à prendre en compte.

1. Pourquoi peut-on aller mieux très vite ?

En quelques séances, parfois même dès la première, vous vous sentez nettement mieux. Vous respirez, vous vous sentez en confiance et le bout du tunnel vous semble désormais à portée de regard. Quel soulagement !

Vous vous sentez tellement bien qu’au bout de quelques semaines, vous êtes tenté·e d’espacer les séances, voire de les arrêter. Et parfois, c’est effectivement le bon moment. Mais il arrive aussi que ce mieux-être soit encore fragile et que l’arrêt soit prématuré. Quelques semaines ou quelques mois plus tard, les difficultés peuvent alors réapparaître.

On parle parfois de « lune de miel thérapeutique » pour désigner ce moment où le simple fait de se sentir enfin écouté·e et accompagné·e apporte un soulagement important. Se sentir accueilli·e par quelqu’un que l’on estime compétent peut, à lui seul, offrir un répit.

C’est précieux, et tant mieux si, de séance en séance, vous vous sentez de mieux en mieux. Mais ce soulagement ne signifie pas nécessairement que tout le travail est terminé.

2. Pourquoi peut-on parfois se sentir plus mal au début ?

Les premières séances ne vous apportent pas forcément de soulagement. Il arrive même que vous vous sentiez davantage déstabilisé·e ou que certaines émotions deviennent plus présentes.

Ce n’est pas nécessairement mauvais signe. Mais cela mérite d’être regardé.

Le mieux est alors d’en parler avec votre thérapeute. Est-ce une question de méthode ? De rythme ? Des peurs qui se réactivent ? Quelque chose dans la manière dont les séances se déroulent ne vous convient-il pas ?

En parler permet à votre thérapeute d’ajuster sa manière de travailler avec vous. Et de votre côté, c’est l’occasion de voir comment il ou elle accueille ce que vous vivez : pouvez-vous en parler librement ? Vous sentez-vous entendu·e ? Quelque chose peut-il être changé ?

Cette discussion fait partie du travail thérapeutique. Elle peut permettre de mieux ajuster le rythme du travail, de renforcer la confiance et de comprendre ce qui est en train de se jouer.

3. Pourquoi les progrès ne sont-ils pas linéaires ?

Les choses humaines, comme les choses de la nature, sont une succession de flux et de reflux.

Un coup mieux, un coup moins bien. Une période où tout semble avancer, puis un moment de doute, de fatigue ou de découragement.

Quand une personne doute que la thérapie lui soit bénéfique parce qu’elle traverse une période plus difficile, il m’arrive de lui demander de se rappeler sa première séance. Que vivait-elle alors ? Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Elle peut ainsi retrouver le chemin parcouru et ne plus regarder uniquement l’obstacle qui se trouve devant elle. Parfois, nous sommes tellement concentrés sur ce qui ne va pas aujourd’hui que nous oublions les progrès déjà accomplis.

Nous sommes baignés dans une culture qui nous laisse penser que tout est toujours tout droit, que les progressions sont linéaires. Or, dans la réalité, les changements sont rarement aussi réguliers.

Une part importante de la thérapie peut alors consister à accepter ces mouvements naturels du vivant : avancer, reculer parfois, reprendre son souffle, changer de direction, puis repartir.

4. Alors, combien de temps faut-il vraiment pour aller mieux ?

Aujourd’hui, certaines thérapies mettent particulièrement en avant leur rapidité : quelques séances pour venir à bout de l’anxiété, quelques séances pour se débarrasser d’un comportement dont on veut se défaire. Cela peut arriver.

J’ai reçu des personnes avec qui nous sommes venues à bout de crises de colère en quelques séances. D’autres, arrivées au cabinet dans un flou très angoissant, sont reparties avec les idées beaucoup plus claires sur ce qu’elles voulaient faire en trois séances.

Parfois, un point de bascule arrive assez rapidement. Il y a comme un avant et un après lors d’une séance, et cela donne presque une impression de magie. Soit que le problème était récent et relativement circonscrit, soit que la personne était déjà arrivée à un moment où quelque chose était prêt à changer.

Mais chaque personne est unique, et chaque histoire l’est aussi.

Il faut parfois être prêt·e à s’engager pour plusieurs mois, voire une année ou deux. Certaines personnes ont même besoin d’un suivi plus long, le plus souvent en plusieurs périodes de thérapie. D’autres reviennent quelques mois ou quelques années après la fin d’une thérapie, lorsqu’une nouvelle difficulté se présente ou qu’elles souhaitent poursuivre leur cheminement.

Et puis, « aller mieux » ne signifie pas toujours la même chose.

Pour certaines personnes, c’est retrouver le sommeil ou ne plus faire de crises d’angoisse. Pour d’autres, c’est comprendre ce qui leur arrive, retrouver de la confiance, réussir à dire non, faire un choix ou simplement se sentir à nouveau elles-mêmes.

L’important n’est donc pas forcément de savoir combien de séances il faudra pour aller mieux.

C’est plutôt de pouvoir sentir, au fil des semaines ou des mois, que quelque chose bouge : que vous comprenez mieux ce qui vous arrive, que vous affrontez différemment vos difficultés, que vous disposez de davantage de choix.

Ce n’est pas toujours spectaculaire. Parfois, c’est presque imperceptible au début. Parfois, c’est beaucoup plus évident.

Mais peu à peu, vous pouvez vous sentir plus libre, plus confiant·e, plus en paix avec vous-même. Et c’est souvent ainsi que l’on sait que quelque chose est en train de changer.


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