Pourquoi est-il si difficile de demander de l’aide ?
On peut savoir qu’on ne va plus bien et pourtant repousser longtemps le moment de consulter.
Il y a une phrase que j’entends souvent lors de la première consultation : « Ça fait longtemps que je sais que je devrais venir. » Longtemps, c’est parfois quelques semaines, quelques mois et même des années !
Et puis, il y a un déclic, quelque chose qui fait qu’on va finalement prendre rendez-vous. Mais pourquoi est-ce si difficile de demander de l’aide ?
« Je ne sais même pas ce qui ne va pas »
Parfois, le flou est tel qu’il est difficile de mettre des mots sur ce qui ne va pas. Alors vous hésitez à pousser la porte d’un.e psy en vous disant : « Qu’est-ce que je vais dire ? Et si je ne sais pas quoi dire ? »
Les premières séances sont souvent le moment de mettre au clair ce qui vous amène. Par le dialogue, les questions et les associations qui se font au fil des séances, nous progressons ensemble dans la jungle de vos émotions, de vos pensées et de vos désirs.
Et même, ne pas savoir exactement ce qui ne va pas est une excellente porte d’entrée dans la thérapie. Cela laisse ouvertes de nombreuses pistes et permet d’explorer ce qui se passe sans avoir à entrer d’emblée dans une case.
« Et si je devais montrer ce que je cache ? »
Si vous arrivez chez un.e psy, c’est justement parce qu’il y a beaucoup de choses que vous ne dites pas à vos proches, que vous ne leur montrez pas. Alors venir raconter son histoire, ses pensées les plus intimes, dévoiler ce que l’on ressent, c’est forcément intimidant.
Mais ce dévoilement se fait toujours à votre rythme. Le/la psy ne lit pas en vous comme dans un livre ouvert. Il arrive régulièrement que quelqu’un que je suis depuis des mois, voire des années, me livre quelque chose d’important qu’il ne m’avait jamais dit et que je n’avais, bien entendu, pas deviné. Et c’est très bien comme ça.
Vous pouvez aussi avoir peur d’être jugé par le/la psy. L’une des compétences importantes d’un.e professionnel.le est justement de suspendre son jugement pour rester dans l’empathie.
En fait, la peur du jugement peut exister même lorsque le/la professionnel ne juge pas. Elle appartient parfois à l’histoire de la personne, à son rapport à elle-même, à ce qu’elle a appris à montrer ou à cacher. Cette peur peut elle aussi devenir un des axes du travail thérapeutique.
« Et si je découvrais quelque chose que je préfère ne pas savoir ? »
Vous pouvez aussi avoir peur de ce que le travail thérapeutique pourrait faire émerger.
« Et si je découvre que ce que je ressens aujourd’hui est lié à quelque chose que je ne veux pas regarder ? »
Ce que l’on découvre sur soi n’arrive pas forcément sous la forme d’une révélation brutale. Le plus souvent, les choses se comprennent progressivement, au fil des séances, lorsque l’on peut peu à peu les regarder et leur donner du sens.
Ma pratique m’a appris que ce qui fait peur est parfois moins ce que l’on pourrait découvrir que le fait de ne pas savoir ce que l’on va trouver. L’indéfini laisse beaucoup de place aux scénarios les plus inquiétants.
Et si quelque chose de nouveau apparaît dans votre compréhension de vous-même, la thérapie permet justement de prendre le temps de l’accueillir, de le comprendre et de l’intégrer.
« Et si comprendre m’obligeait à changer ? »
« Et si je découvrais que je dois rompre cette relation, quitter mon travail ? »
« Et si la thérapie m’obligeait à remettre trop de choses en cause ? »
La thérapie n’a pas pour but de vous faire prendre des décisions radicales et rapides. Personne ne vous forcera à faire quelque chose que vous ne voulez pas faire.
Si un jour vous décidez de quitter quelqu’un ou votre travail, de changer votre vie, ce sera votre choix. Et le travail thérapeutique peut justement vous aider à trouver suffisamment de sécurité et de stabilité pour faire vos propres choix.
L’objectif n’est pas de décider à votre place, mais de vous amener progressivement vers davantage d’autonomie.
« D’autres ont de vraies raisons de consulter »
Certaines personnes ne se sentent pas légitimes à consulter :
« Il y a des gens qui ont vécu des choses bien plus dures que moi. Je prends la place de quelqu’un qui le mérite davantage. »
Cela signifie qu’il faudrait mériter l’aide qu’on vous apporte. Qu’il faudrait être dramatiquement mal pour mériter l’attention d’un.e psy.
Mais dès qu’il y a souffrance, il y a une bonne raison de chercher de l’aide. Il est impossible de mesurer et de hiérarchiser objectivement la souffrance.
J’ai même tendance à la voir comme un pot commun, une masse que nous partageons toutes et tous, à faire diminuer, quel que soit le bout par lequel je la prends.
Et puis, je suis très heureuse que toutes les personnes que je vois dans ma journée n’aient pas vécu des choses terribles !
Demander de l’aide, c’est déjà commencer à prendre soin de soi
Vous n’avez pas besoin de savoir exactement ce qui ne va pas, d’avoir une histoire suffisamment grave ou de savoir ce que vous voulez changer pour pousser la porte d’un.e psy.
Parfois, il suffit simplement de sentir que quelque chose ne va plus et d’accepter de ne pas rester seul.e avec cela.
Le reste peut se construire progressivement, ensemble.

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