La joie comme arme.
Za(1) a publié une vidéo traitant du trauma sur sa chaîne intitulée « Ezéchiel : comment on soigne un peuple ». Cette vidéo, et en particulier son interview de Laura S. Brow(2), m’a renvoyée à certaines problématiques que je rencontre en cabinet. Aujourd’hui, je vous parle de la joie, arme redoutable.
La joie en thérapie.
Le joie a un rôle central dans le travail du ou de la thérapeute. C’est parce qu’iel sait trouver la joie qu’iel peut écouter, être réellement présent.e et transformer la souffrance.
La joie a aussi un rôle central dans le travail thérapeutique. La joie est la direction vers laquelle aller. C’est une émotion particulière, l’émotion reine ou la position naturelle, d’équilibre.
Toutes les autres émotions nous indiquent à quelle distance on se situe de la joie et nous indiquent le chemin pour y retourner. La colère me déborde ? J’ai pour mission de prendre soin de ma frustration, de mon sentiment d’injustice ou du respect de mes limites pour retrouver la joie. Je me sens triste, voire désespérée ? J’ai pour mission de laisser partir quelqu’un ou quelque chose pour reprendre le chemin de la joie.
Faire échec à l’opresseur.
Laura Brown est une thérapeute située, c’est à dire qu’elle prend en compte les rapports de pouvoir à l’œuvre dans la société. Les privilèges et les relations d’oppressions traversent les représentations et les constructions identitaires et la/le thérapeute situé.e travaille avec ça.
Or, pour Laura Brown, « le désespoir, c’est la victoire de l’oppresseur »(3). C’est la joie et le bonheur qui permettent de faire durer la lutte, de garder un cœur de chair et de rester du coté de la vie. Seule la joie permet à la lutte de durer plus longtemps que l’oppresseur.
La plus grande victoire de l’oppresseur ou de l’agresseur est de nous arracher à une vie digne d’être vécue. C’est de nous aliéner au point de nous maintenir loin de notre joie naturelle.
La femme sans bonheur.
Un jour, une femme m’expliquait qu’il n’y avait vraiment pas de raison de se réjouir. « Tout va mal dans le monde » me disait-elle. Et elle égrenait la liste de ses peurs, de ses tristesses, de ses révoltes.
En l’écoutant, je pensais que, au fond, elle avait raison. Tout ce dont elle parlait m’inquiétait aussi, m’attristait aussi. Et j’ai sentie que je pouvais, moi aussi, me laisser aspirer par le vortex de l’impuissance et du désespoir. Mais, tout à coup, j’ai entendu une phrase résonner dans ma tête : « ils nous font déjà assez chier comme ça, ils ne vont pas en plus me voler ma capacité au bonheur ! » Et j’ai senti le soulagement et la joie.
Ce jour là, je n’ai pas réussi à transmettre cela en mots à la femme sans joie. Mon concept de joie et de bonheur lui a paru fumeux face au désastre de sa vie et du monde. Mais je ne doute pas que ma joie a été un levier important avec lequel elle a pu, petit à petit, sortir du malheur. Encore une victoire pour la joie et une défaite pour l’oppression !
(1) Za, psychologue et psychothérapeute. www.youtube.com/@LaChaineDeZa
(2) Laura S. Brown, psychologue américaine, thérapeute féministe et située.
(3) Time code sur la vidéo : 19:38
Egalement inspiré de la vidéo de Za :
- La femme qui ne voulait pas guérir pour ne pas douter de son trauma.
- « Je ne veux pas mourir plus » (à venir)
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